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HISTOIRE N°6                                 
LES PAPILLONS
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Vol de papillon

  LE PAPILLON ROUGE
 

Il était une fois une famille papillon qui vivait dans une des plus hautes branches d'un chêne qui servait de logis à une colonie de plusieurs centaines d'individus. Le papa et la maman papillon avaient plusieurs enfants, et ils étaient très heureux, jusqu'à ce qu'ils aient un nouveau petit. Car le bébé, qui s'appelait Plilu, n'était pas normal.
Pauvre petit papillon ! Il aurait pu être très heureux sans cet étrange malheur qui lui tomba
dessus, le jour de sa naissance. Car ce petit papillon avait les ailes rouges. Mais dans la société des papillons, ce handicap était grave ; en effet le grand livre du Dieu papillon disait bien : "Le peuple des papillons est le plus pur qui soit. Cette pureté se traduit par la couleur bleue de leur ailes. Ce bleu leur permet de ne faire qu’un avec le ciel et de le rejoindre complètement une fois leur fin venue"
Comment notre héros aurait-il pu être digne du paradis des papillons ?
A la naissance de Plilu ses parents crurent à une monstruosité de la nature. Ils décidèrent, effrayés, de cacher l'enfant et surtout de l'isoler de ses frères et soeurs. Ils le mirent à l'abri dans un petit recoin de leur arbre-foyer et attendirent de voir ce qu'il adviendrait.
Pour le distraire, sa maman lui apporta des livres, et il apprit à lire presque tout seul, il devait donc être exceptionnellement doué. Sa mère lui expliquait seulement le sens des mots qu’il ne connaissait pas, mais elle était parfois bien en peine de décrire les concepts d’"espace", "voler", et surtout "liberté". Elle ne se doutait pas de la tempête qu'elle avait déclenchée dans la tête de Plilu. Il avait en effet de plus en plus envie de découvrir le fameux "monde du dehors" dans lequel se déroulaient toutes ces histoires. Il supportait de moins en moins son existence étriquée dont il ne comprenait pas la cause.
Il commençait aussi, au grand désarroi de ses parents, à manifester un désir bien naturel de voler. Les deux parents papillons le prirent parfois à essayer de battre des ailes, regardant désespérément vers le plafond. Ils commençaient à regretter de l'avoir gardé, alors qu'ils savaient qu'il serait malheureux enfermé. Ils avaient honte de le faire souffrir alors qu'il n'était pour rien dans son anormalité. Sa mère, prise de pitié pour son enfant confiné contre sa nature, accepta de lui laisser voir la lumière du soleil levant, par le petit cercle d'un trou dans le bois. Elle espérait qu'il assouvirait ainsi sa curiosité.
Ce fut comme un déclic. Dès que Plilu eut contemplé la clarté du jour une seule fois, il sut qu'il ne voudrait plus jamais la quitter. C'était si différent de tout ce qu'il avait pu imaginer ! Les rayons lumineux jouaient sur ses ailes rouges, y faisant apparaître des reflets changeants. Leur tissu, que l'immobilité et l'enfermement avaient glacé et raidi, se réchauffa doucement jusqu'à retrouver toute sa souplesse. Plilu voulait rester là, à se baigner dans ce bonheur, mais déjà sa mère le tirait en arrière, épouvantée à l'idée que des voisins puissent le voir.
Mais elle ne contrôlait plus la situation. Plilu, qui faisait la moitié de sa taille, se débattit si fort qu'il parvint à la faire tomber. L'espoir de pouvoir d'échapper lui donnait une énergie nouvelle. Il se glissa par le trou étroit et des échardes d'enfoncèrent dans son corps, mais il les sentit à peine. Un instant en équilibre instable, il dégringola presque aussitôt sous les hurlements de sa mère, mais il déploya instinctivement ses ailes juste à temps. Il frôla le sol, avant de remonter maladroitement à la faveur d'un courant ascendant. Plilu éclata du plus beau rire qu'on aie jamais entendu, un rire cristallin et sincère, lumineux, qui ressemblait à la chatoyante couleur de ses ailes.

Ce fut sans doute le plus heureux moment de sa vie. Il commença très vite à maîtriser les courants aériens et à se déplacer avec aisance, aussi facilement qu'il avait appris à parler. Il entendait, loin déjà derrière lui, les cris de sa maman qui le suppliaient de revenir. "Revenir ? Pourquoi ? Je suis si bien ici. Je me sentais mal dans cette pièce sombre, humide et si silencieuse." Pas un instant il n'eut le moindre pensée de rancoeur pour ses parents qui l'avaient enfermé si longtemps. Il ne se posa pas de questions. S'il connaissait le langage, le vol et la beauté du soleil, il réfléchissait peu et ne voulait rien laisser troubler son bonheur. Plilu se dirigea vers un groupe mouvant qui l'intriguait. Il s'approcha et vit qu'il s'agissait d'enfants papillon qui s'amusaient ensemble. Il les observa à une certaine distance, posé sur une de ces immenses chose verticales, que les livres appelaient des arbres, qu'il voyait pour la première fois, mais auxquelles il s'était déjà habitué. Les enfants papillon ne pouvaient pas le voir, alors, car il était caché derrière un renfoncement de l'écorce ; mais il en sortit bientôt et fut salué par un concert de cris et de gémissements de terreur. Un des plus jeunes appelait à l'aide à grands cris. Étonné, Plilu aperçut une maman arriver en volant à toute vitesse : "Les enfants, fuyez ! Mettez vous à l'abri !"
Ce fut alors une débandade indescriptible, et tous les enfants se réfugièrent pêle-mêle derrière un arbre. La dame papillon s'avança vers lui, un mélange étrange de colère et de peur sur le visage. Même si elle était superstitieuse comme les autres, elle avait au moins le mérite d'être courageuse.

"D'où viens-tu, créature de l'enfer, pour effrayer ainsi les enfants que je surveille ? Quoi que tu sois, je t'ordonne de partir ! Tu n'as rien a faire ici, à empiéter sur le territoire des braves gens, et tu n'as aucun droit sur nous ! Retourne d'où tu viens ! Démon !" Le pauvre petit papillon ne comprenait rien à ce qu'elle racontait. Certes, il connaissait tous les mots qu'elle employait, mais il lui semblait qu'ensemble ils n'avaient aucun sens. Que pouvait-il avoir à faire avec un démon ? Il n'avait pourtant rien fait de mal ! Mais déjà les enfants, enhardis par les paroles de la mère et par l'air éberlué de Plilu sortaient de derrière leur cachette et psalmodiaient en choeur, de plus en plus fort : "Démon, va-t'en ! Démon, retourne d'où tu viens !" Toujours aussi étonné, mais en plus ébranlé par les paroles qu'il venait d'entendre, le pauvre petit papillon s'enfuit à tire-d'aile, mais les injures le suivirent encore longtemps, martelant sa tête, alors qu'il était bien trop loin pour les entendre.
Il continua à voler mais il n'y prenait plus le même plaisir qu'avant ; il n'avait pas d'idée précise de l'endroit où il se trouvait, mais il supposait que l'arbre de la colonie ne devait pas être très loin. Il réalisa soudain qu'il n'avait rien avalé depuis le petit matin ; malgré cela il n'avait pas faim. Il s'arrêta pour butiner, sans entrain, quelques fleurs. Il se posa sur une épaisse branche pour contempler le coucher du soleil. Les livres l'évoquaient parfois, comme un magnifique spectacle, mais il n'était pas du même avis. Il préférait largement le lever de soleil, qui semblait plein d'espoir, alors que le soir lui faisait l'effet de basculer lentement, inexorablement, dans les ténèbres. Il faisait maintenant complètement noir, et aussi un peu froid. Plilu ne regrettait pas son ancienne maison, car ici au moins il y avait de l'air pur, seulement ses livres lui manquaient. Il sentait une légère onde de peur en lui, mais elle s'évanouit entièrement quand la lune commença à se lever. Dans son adoration du soleil, il avait complètement oublié l'existence de l'astre des nuits. Il resta bouche bée devant cette clarté d'argent, qui dissipait les ténèbres, la plus belle chose qu'il ait jamais vue. Il en avait les larmes aux yeux, et malgré sa solitude, malgré le froid et les injures sur ses ailes rouges, il se sentait plus heureux que jamais.
Il était tellement absorbé par la lune étincelante qu'il ne perçut rien des bruissements dans son dos. Il ne s'inquiéta pas des ombres menaçantes au dessus de sa tête. Il ne leva les yeux qu'au dernier moment, quand la lune disparut derrière un nuage, et déjà trois des plus grands enfants papillons qu'il avait vus dans l'après midi lui tombaient dessus, l'écrasant sous leurs puissants corps d'adolescents presque adultes. Il cria, mais l'un d'eux le bâillonna et l'assomma à moitié d'un coup sur la tête. Il sentit qu'on étendait son corps, les ailes en croix, mais il n'arrivait pas à bien comprendre ce qu'ils disaient ; cependant il s'alarma lorsqu'il entendit ces mots : " On va lui régler son compte ! - Sinon il reviendra tous nous tuer, c'est papa qui l'a dit ! - Tes parents savent que tu es là ?
- Mais non, imbécile !
- Moi, grand-mère m'a dit que c'était à nous de nous en occuper, parce que c'est nous qu'il est venu agresser en premier !
- Elle a bien raison ! De toute façon, regardez, il ne semble pas si dangereux, il se débat comme un moucheron dans une toile d'araignée !
Plilu tentait de s'échapper mais il ne parvenait pas à bouger d'un millimètre. Sous l'effet conjugué de la peur et des mouvement désordonnés autour de lui, des ombres passèrent devant ses yeux et il les ferma, mais il les rouvrit soudain sous l'effet d'une douleur atroce. Ils étaient en train de lui clouer les ailes. Il hurla ; rien n'y fit, rien ne pouvait atténuer sa souffrance, qui au contraire ne faisait qu'augmenter sous le déluge de coups que ses tortionnaires lui infligeaient. Il crut que cela ne s’arrêterait jamais. Ses yeux roulaient, comme fous, mais il parvint à grand peine à les tourner vers le ciel, comme s’il implorait de l’aide. Ce fut la lune qui le sauva. Elle réapparut au moment précis où il la regardait avec une intensité effrayante ; cela donnait la forte impression qu'il l'invoquait. Les jeunes papillons, qui au fond n'étaient pas si courageux que ça, s'épouvantèrent de cette influence sur les astres, et aussi de son extraordinaire résistance aux coups. « Tirons nous ! Ce monstre est immortel ! » Et Plilu resta seul sur la branche, remerciant la lune de tout son coeur.
Il tenta d’abord de remuer un peu, mais le moindre mouvement lui arrachait des gémissements de douleur. Ses ailes étaient véritablement clouées au bois, en deux endroits à gauche et trois à droite. Il semblait impossible qu’il puisse s’échapper. Il n’aurait su dire combien de temps il resta étendu là sans bouger, mais il fut tiré de sa torpeur par la rumeur lointaine d’une foule de papillons menée par le plus grand de ses agresseurs. La bande avait dû penser qu’il aurait succombé à ses blessures après une telle nuit, et il se rendit compte que sa survie ressemblait fort à un miracle. Ce fut sans doute cela qui lui donna la force d’agir, de ne pas se laisser tuer alors qu’il avait si bien résisté avant. Plilu rassembla tout son courage, sachant qu'il se mutilait pour toujours, et se cambra de toutes ses forces pour s'arracher à la branche. Il y eut un affreux bruit de tissu qu’on déchire et il faillit s’évanouir de douleur, mais là encore il se battit avec l’énergie du désespoir, et il s’éloigna juste à temps. De loin, en prenant soin de voler au couvert des arbres, il entendait les murmures de la foule qui contemplait, incrédule, les morceaux d'ailes encore attachés à l'arbre, puis les prédictions funestes : « Maintenant, ce démon va se venger ! Qui sait, si nous l’avions laissé tranquille, peut être aurait-il été clément, mais à présent nous risquons tous de mourir ! »

Pour une fois, ils avaient raison. Plilu n’avait désormais en tête que la vengeance, leur faire autant de mal que ce qu’il avait subi. Des lambeaux déchirés pendaient de ses ailes, et il ne savait pas comment il arrivait encore à voler, mais il savait que désormais il n’avancerait plus que dans le but de détruire l'arbre de la colonie et ses habitants. Aucun scrupule ne l’effleura. Il avait appris la cruauté et l’indifférence aussi rapidement que l’innocence et la beauté du clair de lune, en ce jour si lointain qui n’était pourtant que la veille.
Il vécut le reste de la journée comme dans un rêve. A un moment, il s’écroula sur un tapis de feuilles et n’en bougea plus pendant des heures. Quand il repartit enfin, avec des grognements de douleur, une idée avait enfin germé dans sa tête. Il avait lu plusieurs fois la description d’une des pires terreurs des papillons : le feu. Il savait qu'il était d'autant plus dangereux qu'il paraissait très attirant, et qu'il aurait là dans les mains l'arme la plus destructrice qui soit, car il se propageait très rapidement et qu'il était presque impossible de l'éteindre. S'il parvenait à s'en procurer, il pourrait incendier tout l'arbre de la colonie, où vivait forcément la bande de ses agresseurs. Or il savait où trouver le feu : dans un logement des hommes, qui en conservaient en permanence dans leurs foyers.
La nuit venue, il alla rôder dans les alentours du grand chêne et chercha une maison humaine. Il y en avait une non loin de là (il ne le savait pas, mais leur arbre servait en réalité d'ornement dans le jardin d'une famille humaine). Il n’eut aucun mal à s’introduire par une fenêtre, et il remarqua un grand bâton avec du feu au bout : une bougie. Il voleta pendant quelques minutes avant d’avoir l’idée de prendre un bout de brindille et de l’enflammer. Il se dirigea ensuite, le plus vite possible, vers le chêne de la colonie. Il se rendit à peine compte que la brindille s’était consumée et que le feu atteignait maintenant ses ailes déchirées. Il ne se concentrait que sur l’ouverture de l'entrée principale, qu’il devait absolument franchir pour accomplir son dessein. Pas un instant il ne songea qu’il ne pourrait probablement pas s’échapper quand les flammes commenceraient à se propager. C’est pourquoi il ne changea pas de direction quand il s’aperçut qu’il était en train de s’enflammer, au contraire, il accéléra encore l’allure, poussant à bout ses ailes ou du moins ce qu’il en restait. Il aurait pu faire demi-tour, aller se jeter dans une flaque pour les éteindre, et mettre fin à son projet fou ; il ne le fit pas.
Il arriva enfin en vue de la porte principale de l’arbre. A ce moment, une jeune enfant papillon, qui devait rêver au clair de lune, ou peut-être le guettait, mue par un étrange pressentiment, sortit du trou. Elle s'avança jusqu'à quelques coups d'aile de lui et murmura, sans une once de peur :
"S'il te plaît, ne fais pas de mal à mon papa et ma maman !"
Puis, avec horreur :
"Mais tu brûles !"
Elle ne se préoccupait pas de la couleur de ses ailes, elle ne voyait en face d'elle qu'un papillon aux yeux tourmentés et déformés par la haine, au coeur brisé, qui souffrait au delà de toute limite imaginable. Du fond de sa douleur, Plilu l'entendit. Il s'immobilisa un instant, puis dans un effort colossal, il fit demi-tour, en réfléchissant à peine. Il aurait encore pu plonger pour tenter d'éteindre ses ailes, essayer de survivre, mais il refusa. Il vola de toute son énergie vers la clarté brillante de la lune, comme s'il voulait la rejoindre, et quand il eut finalement trop mal pour continuer, il perdit connaissance et tomba en lents cercles gracieux, ballotté par les caprices du vent, sous les yeux émus de la petite fille papillon.
"On dirait une étoile filante" pensa-t-elle en laissant ses larmes couler.
Il s'éteignit juste avant de toucher le sol.

Histoire extraite du magazine "je bouquine". Blackberry

 
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